Le Babil des fontaines

Revue amicale du 21 de chaque mois

21 octobre 2026

Désolée, j't'ai pas rappelé…

Ce matin, j'ai travaillé sur mon texte de littérature comparée « Capital et Kamasutra ».
Méthodiquement, j'ai commencé par les différences.
Et puis, j'ai appris qu'un jaloux déformait tous mes propos.
Je l'ai brisé. Sept ans de malheur !
C'était dur ! J'ai pris une pause clope, cinq minutes, pour tenir le coup.
Puis je me suis remise au boulot.

J'ai taillé sur mesure un costume pour un dictateur,
depuis il organise des élections.
Pour éviter un krach, j'ai colmaté la bourse avec du scotch, depuis les magnats trinquent.
J’ai libéré un peuple d’un asservissement volontaire,
depuis il n’est pas d’accord.
J’ai aussi ouvert des perspectives aux cyclopes
en dessinant un œil.
C'était bien ! J'ai pris une pause mais comme le monde menaçait de s’écrouler, je me devais de rester vigilante.
cinq jours et cinq nuits, sans dormir.
Puis j’ai éteint ma clope et le monde a tenu quand même.

En suivant, j’ai suspendu des ponts avec des pinces à linge.
J’ai suspendu le temps en écoutant un tango.
J’ai détourné un pilote d’avion d'un projet de suicide (lorsque je l’ai quitté, il était atterré).
J'oubliais ! J’ai sauvé un homme d’un incendie
en refusant de le regarder.
C’était particulier ! J'ai pris une pause.
Les historiens précisent que je suis restée cinq siècles et autant de nuits, sans dormir.
Le monde menaçait de s’écrouler, je devais rester vigilante.
Puis j’ai éteint ma clope. Ça tient encore.

En rentrant, j’ai dévoré les verbes d’une recette de cuisine.
J’ai épluché tous les bilans, les comptes-rendus, les notes de synthèse.
J’ai beaucoup pleuré, j’ai coupé en fine lamelles
et j’ai fait roussir.
Pour le fun, j’ai codé un chagrin d’amour en Java
et j’ai lancé une nouvelle religion.
Je l’ai lancée si loin qu’elle tourne autour de la lune ;
les Sélénites m’adorent.
La nuit venue, j’ai mis des barres de mesure au chant du monde et une sourdine au concert de plaintes.
Je ne vois l'heure que maintenant…

Sinon, toi, ça va ?

AP

Jeux

Les avions en papier

Pour résoudre l'énigme, déployez son dernier mot.
"Et mon cœur, sous l'effet de l'amour, …"

Objets fantômes

Côte sauvage

 Photo Floréal Melgar

Le Bal des éphémères

Une vieille chanson

Il y a longtemps, un tout jeune garçon venu de la banlieue nord parisienne et dont le père était ce qu'on appelle un républicain espagnol, réfugié en France depuis 1939, avait été envoyé avec sa sœur aînée dans le village d'Andalousie d'où ce père était originaire, chez un de leurs oncles restés au pays car trop jeunes pour avoir participé à la guerre civile.
Un matin, son oncle le réveilla très tôt et l’amena sur la place du village où des hommes se tenaient côte à côte, formant une rangée. Puis arriva un homme à cheval, vêtu élégamment, portant un grand chapeau et tenant à la main une cravache. Passant devant la rangée d'hommes, il posait çà et là sa cravache sur l'épaule de certains d'entre eux, du haut de sa monture. C'était là une cérémonie très étrange pour ce garçon, incompréhensible. Il demanda à son oncle, à son côté, ce que cela signifiait. Il s'agissait d'un grand propriétaire terrien de la région qui opérait sa sélection. Les hommes sur l'épaule desquels il avait posé sa cravache auraient la chance d'avoir du travail pour la journée. Les autres n'auraient pas de salaire ce jour-là.
Cela se passait en 1960. Je me souviens de l'année car c'est celle où Roger Rivière, grand espoir du cyclisme français, fut victime d'une grave chute durant le Tour de France, et j'ai encore en mémoire la terrible photo de l'accident à la une d'un journal espagnol.
J'avais 11 ans.
J'en ai rêvé récemment.
Avec le temps, va, tout ne s'en va pas.

Floréal Melgar

Feuilleton


Une question ?

Episode 1 : Ma question préférée

Regardez cette phrase, vous la connaissez sûrement, elle figure en bonne place dans un célèbre best-seller.

« Au commencement était le verbe ».


À présent, cachez-la, il suffit de scroller un peu.

Et répondez à cette question : Où était le verbe ?
Était-il au début, au milieu, ou à la fin ?
Dans un premier élan, on pourra penser que la phrase dit bien ce qu’elle veut dire, et en conséquence on répondra : au début.
Mais un esprit pointilleux objectera qu’ici, les mots « au commencement » n’indiquent pas un lieu, mais un temps, ils ne répondent pas à la question « Où » mais « Quand était le verbe ? ». Non, le verbe de la phrase, c’était « était », imparfait du verbe être, et il était donc au milieu.
Mais un esprit encore plus pointilleux rétorquera que la toute première consigne n’était pas de lire la phrase, mais de la regarder. Et effectivement, si on la regarde au lieu de la lire, on constate que les mots « le » et « verbe » étaient à la fin…
Mais un esprit plus pointilleux encore qu’un esprit encore plus pointilleux signalera que les mots « le verbe » ne sont pas entre guillemets dans la question, celle-ci ne porte donc pas sur les mots « le » et « verbe », mais bien sur la chose, le verbe lui-même…
Bon alors, il était où, ce verbe ?
Nous voilà en présence d’une question dont la réponse, selon le point de vue, le degré de méticulosité qu’on adopte pour l’établir, peut être n’importe laquelle des propositions, les trois, voire aucune.
J’aime bien.
C’est que ça n’est pas si facile de se poser des questions.
J’en sais quelque chose… (à suivre)

YLN

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